Voir la mondialisation autrement… Pour une mondialisation des compétences et une localisation des concurrences !

En 2013, être « pour » ou « contre » la modélisation est devenu un faux débat.

C’est un peu comme si je lançais une discussion sur « pour ou contre la télévision». La question ne se pose plus en ces termes, bien qu’elle eût immanquablement été au centre de vives discussions dans les années 1940-50…

Pour autant, la manière donc nous vivons la mondialisation pose de nombreuses questions.

Opportunité pour les uns, menace pour les autres, la mondialisation, nouvelle interaction à portée globale et de dimension planétaire, est probablement une force formidable pour notre civilisation qui peut être aussi sa plus grande faiblesse. Tout dépend de notre manière, défensive, agressive, constructive, d’appréhender ce nouveau système dans lequel nos connaissances et nos biens se créent, circulent et meurent.

mondialisation

Illustration Philippe Doro

Je vous propose donc de partager dans ces quelques lignes, une vision « différente » de nos interactions dans la modélisation des flux, une autre manière d’appréhender nos échanges, en particulier économiques, dans un monde global ET local dans lequel nous gagnerions probablement à penser local ET global.

 

Commençons par énoncer quelques postulats qui forgent mon raisonnement…

La mondialisation c’était…

  • Un système dans lequel  les échanges et les processus de création de richesse se sont développés grâce notamment, aux technologies de l’information.
  • Une opportunité de vendre ailleurs et loin, ce que nous produisons ici
  • Une opportunité de fabriquer ailleurs et loin pour moins cher, ce que nous consommons ici

Pourquoi ?

  • La demande devenait en forte croissance dans des pays émergeant alors que notre offre occidentale était surabondante
  • Le coût de la main-d’œuvre dans les pays émergents était dérisoire devant le prix du transport international (aujourd’hui, au prix standard, non négocié, moins de 1000€ hors frais de douanes pour un container en provenance d’Asie vers l’Europe… alors qu’il faut débourser 600€ pour faire traverser la France à ce même container !)

 

La mondialisation c’était aussi…

  • Un moyen de stimuler à court terme l’économie en augmentant les volumes des produits fabriqués en local grâce à la pénétration de nouveaux marchés éloignés
  • Un moyen de générer du pouvoir d’achat des populations locales grâce au développement d’un nouveau modèle économique, le « low cost », fondé sur l’achat « d’un prix » (premier critère d’achat devant la fonctionnalité) et l’acceptance, par le consommateur, d’une qualité et/ou durabilité moindre.
  • Un moyen d’externaliser loin des productions polluantes

Pourquoi ?

  • Les marchés locaux étaient saturés, la croissance, tant recherchée dans notre paradigme économique, était forcément liée à l’accroissement des parts de marché dans un monde occidental qui  a fait le choix d’augmenter ses profits financiers par une optimisation du prix des consommations de ressources (pas une optimisation des ressources…) et une augmentation des volumes.
  • Les crises de 1993 puis des années  2000 contribuèrent à l’explosion du chômage. Notre modèle économique reposant essentiellement une consommation des ménages de produits manufacturés à cycle de vie courts, il était nécessaire de trouver des gisements de pouvoir d’achat. Pour cela, faire des coupes drastiques dans le montant des investissements industriels et limiter au possible le coût d’une main-d’œuvre nécessairement abondante.
  • Notre approche taylorienne des organisations permettant de réaliser des processus compliqués par une itération de tâches simples, était propice à l’externalisation de tâches consommatrices en ressources humaines vers des pays émergents. Pays qui proposaient une ressource humaine abondante, même faiblement qualifiée.
  • Un second « effet KissCool » était visé en la capacité de ces mêmes populations « cols bleus » à consommer ces produits occidentaux. Ceci en postulant qu’elles ne seraient incapable de devenir autonomes sur les processus de fabrication. Elles resteraient ainsi dépendante des cols blancs de l’occident et deviendraient une cible captive particulièrement intéressante (le modèle Ford qui consistait notamment à vendre des voitures aux salariés en les rendant suffisamment accessibles)
  • Dans les années 1990, notre conscience occidentale s’est réveillée sur la question de la pollution, de la sécurité et de la santé au travail. Ceci durcissant ainsi un socle règlementaire local devenu trop contraignant pour les industries dites « dangereuses » et/ou « polluantes ». Industries immergées par ailleurs dans un modèle économique poussant à la réduction des ressources support aux processus de production. Une double contrainte que notre société de production a, en grande partie, éludée en exportant les risques « ailleurs »… en tout cas, loin des yeux !

 

Oui… mais… la mondialisation c’est aujourd’hui :

  • Une pollution planétaire qui nous impacte tous, beaucoup « là-bas » mais aussi, « ici ».
  • Des pays émergeant « émergés » dont le niveau de vie à très sensiblement augmenté rendant moins attractif la « production délocalisée » dans un contexte de gestion monopolaire et spéculative de l’énergie nécessaire aux flux de marchandises.
  • Une double contrainte « besoin d’agilité / inertie des productions offshore » que le consommateur est de moins en moins enclin à accepter (article Suplychainmagazine « délocaliser ou relocaliser »)

 

La mondialisation c’est aussi, aujourd’hui …

  • Des cols bleus devenus des cols « plus blancs que blancs » (transfert technologique augmenté) et un renversement des flux économiques inondant nos marchés locaux de produits à haute valeur ajoutée (créant certes de l’emploi sur notre sol occidental mais est-ce satisfaisant si les produits fabriqués repartent aussi ailleurs dans le monde ?)
  • Un appauvrissement des économies locales dont le modèle repose sur des règles et un contexte qui n’existent plus
  • Une offre aussi appauvrie, car, contrairement à toute attente (du consommateur), le modèle économique mis en œuvre à « tué » la concurrence locale sur un plan de valeur ajoutée puisque le modèle low-cost repose sur une production de masse de biens à faible niveau de marge et une concurrence internationale.
  • Une concurrence « lointaine » devenue « immaitrisable » en raison de la complexité d’un système dynamisé par de forts mouvements, parfois imprévisibles, des acteurs sociaux économico politiques et des logiques spéculatives déconnectées des logiques « biologiques » humaines.

 

Pour autant, faut-il être contre la modalisation ?

La question en elle-même est un piège ! (cf début de l’article)… :-D

La question que je vous propose de débattre est la suivante : « quels nouveaux modèles pourrions-nous développer dans un système « mondialisé » permettant de tirer bénéfice, pour les économies locales, de flux globalisés ? »

Voici quelques fondations sur lesquels je propose de développer un nouveau système économique :

  1. Eco-logique et responsabilité : limiter les coûts de transport au strict nécessaire pour favoriser l’investissement sur la fonction d’usage et limiter celui sur la fonction « logistique » (une « bonne vielle » analyse de la valeur quoi…)
  2. Stimulation : recréer les conditions d’une concurrence locale et limiter la concurrence lointaine
  3. Valeur ajoutée : Développer des produits et des services à haute valeur ajoutée, spécifique et adaptée permettant de réaliser des marges tout en limitant le recours à de la production de masse qui bride l’agilité des organisations
  4. Réguler : les marchés de production de produits de première nécessité, à faible valeur ajoutée et/ou polluants afin de rendre inintéressante la spéculation sur des biens de première nécessité (notamment agroalimentaire du secteur primaire) ou sur des processus nécessitant de lourds investissements de maitrise des consommations énergétiques et/ou des pollutions.
  5. Structurer l’articulation « agilité fonctionnelle / durabilité des biens »
  6. Polluer « ici » ou pas du tout
  7. Préserver la diversité locale tout en stimulant la réflexion interculturelle

 

Alors quelles solutions possibles ?

Et si nous « inventions » un modèle fondé sur une mondialisation des compétences et localisation des concurrences ?

Par exemple…

La société « X » située dans l’agglomération chambérienne, spécialisée dans la conception et fabrication de systèmes de remonté mécanique, structure un partenariat avec les sociétés Z, V, W, situées respectivement à Alberta au Canada, Wanlong en Chine, Rio de Janeiro au Brésil et Johannesburg en Afrique du Sud.

Ces sociétés décident de connecter « les savoirs et les intelligences » (management de l’intelligence collective) afin de s’ente-aider dans la recherche de nouvelles solutions adaptées à leurs marchés locaux respectifs.

Elles réfléchissent aussi ensemble aux modes de production adaptés à leur contexte local et s’épaulent financièrement.

Ceci afin d’être fortes sur leurs marchés locaux, bien positionnées au regard de leurs leurs concurrents locaux respectifs et économiquement fortes.

Elles peuvent, en cas de besoin, recourir à de l’assistance technique interne au groupe ainsi constitué et se grouper pour accroitre leur capacité d’achat.

Enfin, si cela est pertinent (maitrise de productions polluantes par exemple), elles peuvent décider de créer des unités de production de masse à haute valeur ajoutée permettant ainsi de limiter leur empreinte écologique globale grâce à un équilibre favorable entre la consommation énergétique de production et celle induite par la logistique.

 

De son côté, la société « Y » située dans l’agglomération grenobloise, concurrente locale de la société « X », développe d’autres partenariats internationaux stimulant ainsi l’économie locale tout en bénéficiant des apports de partenaires culturellement complémentaires.

 

Cela pourrait fonctionner probablement avec de petites activités « typiquement locales » mais aussi très probablement, avec d’autres de plus grande ampleur (automobile, aéronautique, énergie…) et qui plus est, avec les services !

Ainsi, la richesse est locale ET mondiale, structurée autour de relations internationales constructives tirant vers le haut nos connaissances et compétences et offrant, aux consommateurs d’aujourd’hui ainsi qu’aux générations futures l’opportunité d’articuler différemment les logiques économiques, écologiques et sociétales…

Le « seul » changement que j’ai opéré dans mon raisonnement est de placer « l’autre éloigné » proche de moi dans nos intérêts respectifs » et « l’autre proche de moi » comme un concurrent… alors que nous sommes tentés de faire l’inverse dans notre système défensif/agressif, de trouver en « notre ennemi local » l’allier par défaut pour « repousser le sarrasin hors de notre royaume » ou « évangéliser les terres arides potentiellement fécondes ».

Il est aussi envisageable, bien entendu, en complémentarité à cette approche, de créer des partenariats avec des acteurs locaux sur des champs de complémentarité métier…

L’interdépendance des intelligences : Une autre façon d’envisager « l’entreprise étendue » !

 

Ou… toutes autres solutions qui consisteraient à considérer l’écosystème dans lequel nous évoluons avec une logique de développement différente à la logique d’appauvrissement actuellement mise en œuvre.

Utopique ? Démagogique ?

Alors que proposez-vous ?!

 

 

Nota : A fin de clarification, si nécessaire, je souhaite ajouter le commentaire suivant.

Mes propos n’ont absolument rien à voire avec le « made in France ». Concept désuet qui cherche finalement à rétablir les conditions d’une croissance externe comparable aux 30 glorieuses (mais sans la croissance interne !). Je parle bien de localisation des activités économiques. Donc, si un besoin est identifié à la frontière entre deux pays (France/Suisse par exemple), peu m’importe le pays de localisation. Tout est question de « sens territorial », pas de « patrie administrative »…

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